LIBYE – Opération HARMATTAN

Contexte de l’Opération.

Au début de l’année 2011, la Tunisie, puis l’Egypte connaissent des soulèvements populaires demandant plus de liberté, la démocratie et une meilleure répartition des richesses. La Libye est entrainée dans ce que l’on appellera le « printemps arabe » dès le 15 février. Si les régimes tunisiens et égyptiens montrent très vite des signes de faiblesse, le régime libyen du colonel Kadhafi réagit très fermement.

Les premières manifestations débutent dans la province de Cyrénaïque (à l’est du pays) dès le 15 février. Ces manifestations pacifiques sont durement réprimées par le pouvoir, et par les forces spéciales libyennes.

Dès la fin du mois de février, la France, soutenue par la Grande-Bretagne, demande à l’Union Européenne et à l’ONU la mise sur pied d’une force militaire afin de protéger les populations civiles. Clin d’œil de l’histoire, les deux pays les plus hostiles à cette intervention furent l’Allemagne et l’Italie, les deux pays ayant vus leurs armées défaites dans le désert de cyrénaïque lors de la seconde guerre mondiale par les armées Anglo-Françaises.

Malgré l’opposition de l’Allemagne et de l’Italie, et devant la pression médiatique, l’ONU vote le 17 mars au soir, la résolution 1973 qui, entre autre, crée une zone d’exclusion aérienne et autorise les états membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations civiles.

Le 19 mars 2011, sur ordre du président de la république, la France sera le premier pays à entrer en action avec 8 rafales et 4 mirages 2000 ayants décollés des Bases Aériennes de Nancy Ochey et Saint-Dizier et qui détruirons les forces blindées du colonel Kadhafi assiégeants Benghazi. Depuis 1945, c’est la première fois que la France mène une opération de guerre depuis le territoire métropolitain.

Hamattan, opération nationale.

Devant l’incertitude de pouvoir créer une coalition internationale, le président de la république français demande, dès la fin du mois de février, à l’amiral Guillaud, chef d’état-major des armées, d’être prêt à intervenir. Cette demande impose dès les premiers jours du mois de mars d’avoir des patrouilles d’avions armés à proximité de la Libye prêts à intervenir, et l’envois de bâtiments de Marine Nationale au large des côtes libyennes afin d’obtenir des renseignements sur la situation (la frégate de lutte anti sous-marine « Tourville » sera dans le golfe de Syrte dès le 26 février). La présence de commandos du Commandement des Forces Spéciales auprès du Comité National de Transition Libyen à cette date n’est toujours pas confirmée par l’armée française, quoi que cette présence soit fort probable.

L’armée française est donc prête à passer à l’action moins de 48h après l’adoption de la résolution 1973 de l’ONU. Pour la seconde fois, après le Tchad dans les années 80, l’armée Française se prépare à affronter l’armée libyenne du colonel Kadhafi.

Le 19 mars à 12h30Z, les avions français attaquent les blindés et l’artillerie du colonel Kadhafi encerclant Benghazi. Cette attaque de l’aviation stoppe net l’offensive en cours contre la population civile de la ville. Les aviateurs français sont rapidement rejoints dans le ciel libyen par les F18 américains du porte avion USS Enterprise présent en méditerranée.

Le 20 mars, le Groupe Aéronaval appareille de Toulon autour du porte-avions Charles de Gaulle. Deux jours plus tard les appareils de l’aéronavale commenceront leurs missions opérationnelles au-dessus de la Libye.

Si la marine dispose du Charles de Gaulle, l’armée de l’air dispose elle d’une base avancée en Corse. En effet, dès le 21 mars, les escadrons 1/3 Navarre, 2/3 Champagne, 3/3 Ardennes, 2/33 Savoie et 1/7 Provence prennent leurs quartiers sur la Base Aérienne de Solenzara.

Le 31 mars, les forces françaises passent sous commandement de l’OTAN.

 

United Protector, la mission de l’OTAN.

Le passage sous commandement de l’OTAN est synonyme d’internationalisation de l’opération avec l’arrivée, en plus des Britanniques et des Américains présents depuis le début, des militaires canadiens, belges, danois, italiens, norvégiens et qatariens.

C’est aussi pour les appareils de l’armée de l’air et de la marine nationale le signal d’un déménagement au plus près des opérations sur les bases aériennes de La Sude en Crète et de Sigonella en Sicile. Pour la marine, c’est la transformation du Groupe Aéronaval en la Task Force 473.

Les opérations aériennes continuent soit depuis les portes avions de la coalition, soit depuis les bases à terre. Sur mer, les bâtiments de la marine nationale apportent leur soutien d’artillerie lors des batailles menées par les forces du CNT libyen sur les zones côtières. Elles interceptent aussi de nombreuses tentatives de sortie des bâtiments de la marine libyenne, participant à de véritables batailles navales.

Au début du mois de mai, les forces du CNT arrivants dans la banlieue de Tripoli, les frappes aériennes montrent leurs limites et la situation semble s’enliser. L’état-major français propose à l’OTAN l’utilisation des hélicoptères de combat afin de pouvoir traiter les cibles « au plus près ». Cette proposition est soutenue par les britanniques, mais les américains, encore marqués par leurs pertes subies en Somalie dans les années 90, s’opposent à cette utilisation des hélicoptères. Ce n’est qu’après de longues journées de discussion, et après avoir mis en avant l’expérience des équipages français et britanniques obtenus en Yougoslavie et en Afghanistan, que l’état-major de l’OTAN autorise l’utilisation des hélicoptères de combat.

Un Groupe Aéromobile est aussitôt mis sur pied. Il comprendra des pumas, des gazelles et des tigres de l’armée de terre, mais aussi des hélicoptères de l’armée de l’air. Ce groupe s’installe rapidement sur le BPC Tonnerre qui est de retour de Côte d’Ivoire où il vient de participer à l’opération Licorne. L’équipage du Tonnerre enchaine ainsi deux opérations de guerre l’une après l’autre et sans relève.

Le groupe aéromobile réalise sa première mission opérationnelle dans la nuit du 3 au 4 juin 2011 en détruisant une vingtaine d’objectifs, dont 2 centres de commandement.

Cette opération marque une première, en effet, elle allie dans la même mission des hélicoptères de l’armée de terre, le l’armée de l’air et de la marine nationale. En effet, les Dauphins de la marine, armées par des commandos de marine, assurent la sécurité des équipages en mer, les Caracals de l’armée de l’air, armées par des commandos de l’air, assurent la protection des équipages de l’armée de terre sur le sol libyen.

Lors de la seconde bataille de Tripoli, un groupe de soldats du CNT libyen débarque sur une plage de la ville. Ce débarquement a été préparé et soutenu par le commando Hubert de la marine nationale.

Le 20 octobre, un convoi d’une quarantaine de véhicules est repéré par un drone américain à la sortie de Syrte. Un tir de missile de ce drone arrête le convoi, mais le convoi commence à se regrouper. Un mirage 2000 du 3/3 Ardenne et un mirage F1 CR du 2/33 Savoie sont alors appelés sur zone. Le convoi tentant de reprendre sa route, les deux appareils français ouvrent le feu sur les véhicules de tête et de queue, l’arrêtant ainsi définitivement. Informés de cette attaque, les combattants du CNT engagent à leur tour le convoi au sol. Après d’âpres combats, les forces loyalistes sont anéanties. Parmi les victimes de cette attaque figure le colonel Kadhafi.

 

Le bilan.

Dans les jours qui suivent la mort du colonel Kadhafi, les dernières forces loyalistes, soit se sont rendues, ou elles se sont enfuies au nord du Mali.

Dès le 22 octobre, la Task Force 473 rentre à Toulon et les avions français commencent à rentrer sur leurs bases. Ce retrait apparent ne signifie pas le départ de tous les militaires français. Les plongeurs démineurs de l’Achéron participent au déminage des ports libyens, les forces spéciales françaises participent à la sécurisation des dépôts d’armes chimique et des missiles sol-air libyens. 3 mirages 2000 et 5 rafales restent sur la base de La Sude afin d’assurer la protection de l’espace aérien libyen, en lien avec des Awacs qui opèrent depuis leur base d’Avord.

Dans le cadre de cette opération, l’armée de l’air à effectuer 20870 heures de vol, l’aéronavale 5762 heures de vol et l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) 1115 heures de vol. 1018 munitions de tous types ont étés tirées par les avions français et 15543 par les hélicoptères de l’ALAT. Les bâtiments de la marine nationale ont étés engagés 85 fois, utilisant 3000 obus de 76 et 100 mm, soit 86% des tirs maritimes de la coalition.

La quasi-totalité de la flotte française à participée à l’opération, soit 27 navires de surface et 3 sous-marins nucléaires d’attaque. En proportion, cet effort est le plus important réalisé par la marine nationale depuis la crise du canal de Suez en 1956.

En 2012, la Libye a connu ces premières élections libres. Si elle est maintenant sur la voie de la démocratie, le combat n’est pas totalement fini pour les libyens, mais maintenant, nos soldats ayants fait leur travail, c’est à la diplomatie, et au monde civil d’aider le pays.

 

Au plus fort de l’opération, 4200 militaires français participeront

à Harmattan.

Share and Enjoy