Défense : faut-il passer du « contrat » à l’ « ambition opérationnelle » ?

Le processus « Rotule » vise à articuler la Revue stratégique et la loi de programmation militaire, sur fond d’approches différentes au sommet de l’appareil d’Etat.

Alors que la « Revue stratégique » a été approuvée ce matin en conseil de défense, avant d’être officiellement remise au président de la République vendredi, et partiellement rendue publique, un débat agite la « communauté de défense » en vue de la préparation de la prochaine loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 : celui des « contrats opérationnels » qui fixent ce que les armées doivent pouvoir fournir en vue d’opérations décidées par le pouvoir politique.

Or, cette notion est désormais critiquée au sein de la haute hiérarchie militaire où l’on préfère la notion d’« ambition opérationnelle ». Sous cette querelle sémantique, se cachent de véritables désaccords sur ce que l’on entend par « contrats ». Pour les uns, ce sont ce que les armées doivent fournir en permanence, pour les autres, ce qu’elles doivent fournir au maximum et de manière temporaire.

Les premiers se recrutent essentiellement chez les diplomates. Comme l’explique une source au cœur du dossier, pour ceux-ci, « l’outil militaire est le bras armé de la diplomatie française. Dans un monde plus dangereux et alors que les moyens alloués à la défense augmentent, ils souhaitent un outil militaire plus disponible ».

En face, l’état-major des armées. Lors de l’Université d’été de la défense, le chef d’état-major des armées François Lecointre l’exprimait directement en parlant de « la nécessaire modulation de nos engagements » — en clair une réduction — afin de « ne pas tomber dans la cuvette fatale » des armées britanniques après l’Irak et l’Afghanistan. Revenant sur la notion de « contrat opérationnel » fixé aux armées par le gouvernement, le général Lecointre estime « aberrante » l’idée selon laquelle « un contrat doit être rempli tout le temps » à son maximum. Le Cema plaide pour une « régénération de nos armées » épuisées par la multiplication des opérations (Barkhane, Chammal, Sentinelle, etc.) afin de « se redonner des marges ».

D’où l’idée de substituer la notion d’« ambition » à celle de « contrat ». À l’Hôtel de Brienne on estime qu’il faut « placer le curseur » entre le « rêve » de certains diplomates et « la réalité » de l’état des forces. Face à l’« usure du modèle d’armée », il faut « retrouver des marges de réengagement » dans le cadre d’une remontée en puissance, ajoute un proche du dossier.

Aujourd’hui, les contrats opérationnels fixés en 2013 ont été dépassés de « 20 à 30% » explique-t-on à l’état-major des armées, où l’on donne comme contre-exemple celui des forces mobiles de la police (CRS) et de la gendarmerie, dont le contrat ne peut pas être dépassé.

On le voit, de beaux débats restent en perspective en vue de l’élaboration de la LPM qui traduira en réalité matérielle les grandes idées de la revue stratégique. Discrètement, les états-majors et la DGA planchent sur l’articulation entre ces deux documents dans le cadre d’un processus baptisé « Rotule ». Attention aux coups de genou !

 

 

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