« Absence de perception des menaces » : mais que veut donc dire le général Lecointre ?

Dans son ordre du jour, le chef d’état-major des armées parle d’ « une dizaine d’années de purge budgétaire liée à l’absence de perception des menaces ».

Sur la page facebook de l’état-major des armées, le général François Lecointre a publié son Ordre de jour n°1, qui avait été diffusé en interne quelques jours plus tôt.

L’exercice de communication interne est convenu, mais une phrase du chef d’état-major des armées pose question lorsqu’il évoque « une purge budgétaire d’une dizaine d’années liée à l’absence de perception des menaces ».

Quelle est cette décennie ? La construction de sa phrase laisse supposer qu’il s’agit de la période précédant celle du général de Villiers « qui a mis toute son énergie à enrayer le phénomène de fragilisation des armées ». Dans l’entourage du Cema, on confirme qu’il s’agit bien des années avant l’actualisation de l’actuelle LPM en 2015 – soit globalement la période 2005-2015. Qui, alors, ont été les responsables politiques et militaires de cette « purge budgétaire » et surtout de « cette absence de perception des menaces » ? La liste serait trop longue…

Cette « absence de perception des menaces » est une accusation sérieuse, notamment à l’encontre des rédacteurs des deux précédents livres blancs (2008 et 2013) validés par les présidents Sarkozy et Hollande. Des choix qui ont été approuvés par tous les chefs militaires, le général de Villiers ayant été le premier à poser le képi cette année… La phrase du Cema mérite sans doute quelques éclaircissements supplémentaires que nous vous les donnerons dès lors que nous les aurons obtenus.

Quelques éléments permettent de mieux comprendre la vision du monde du nouveau chef d’état-major des armées. Dans un texte publié en 2012 par l’Institut Jacques Cartier , intitulé « De la fin de la guerre à la fin de l’armée », François Lecointre, alors à la tête de la 9ème brigade d’infanterie de marine, portait un regard sévère sur son institution, se demandant si « ce qui n’est plus qu’un outil militaire pourrait redevenir une armée ». «  Il est pour le moins risqué de se résoudre, sous la pression de contraintes économiques, à ne calibrer un outil militaire qu’en fonction d’un emploi courant que l’on peut librement revoir à la baisse ou à la hausse au gré des ambitions et du rang que l’on se sent prêt à assumer» ajoutait-il.

Quant à la dizaine d’années de « purge budgétaire » évoquée par le nouveau Cema, là encore le choix est curieux car l’évolution du budget de la défense s’inscrit dans une temporalité plus longue et différente (voir le tableau ci-dessous) que celle, pour faire bref, des présidences Sarkozy et Hollande. En volume (et non en % du PIB), les crédits de la défense ont baissé régulièrement de 1990 à 2002, passant de 39 à 30,2 milliards d’euros (constants), à l’exception d’une remontée en 1999. Puis ils augmentent jusqu’en 2009 (35,4) avant de baisser à nouveau jusqu’en 2014 (31,4), l’année 2015 marquant le début d’une légère remontée. La baisse structurelle dure donc depuis 1990 et l’inversion actuelle de la courbe n’est pas la première.

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