Effectifs militaires : quand ça baisse moins, est-ce que ça augmente plus ?

Pour remplir les nouvelles missions de sécurité intérieure, la non-réduction pourrait atteindre 13000 à 18000 postes. Décisions avant juin.

C’est, en quelque sorte, une question d’arithmétique Shadok : quand ça baisse moins, est-ce que ça augmente plus ? Les effectifs militaires, et au premier chef ceux de l’armée de terre, sont aujourd’hui au centre des discussions sur l’«actualisation» de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, prévue pour le mois de juin. Une chose est certaine : cette LPM sera révisée à la hausse et les effectifs diminueront moins que ce qu’il était initialement prévu, comme l’Opinion l’expliquait récemment. Les attentats de janvier sont passés par là et le président de la République compte, plus que jamais, sur les armées pour participer à la sécurité intérieure.
Le détail des mesures, toutefois, n’est pas encore connu, car les arbitrages n’ont pas été rendus, ni au ministère de la Défense, où trois scénarios sont examinés, ni a fortiori en intergouvernemental et à l’Elysée. Un Conseil de défense, sans doute fin mai-début juin, tranchera. L’enjeu n’est pas seulement militaire : il est également budgétaire et Bercy fait les gros yeux, alors que la dette de la France atteint 95% du PIB. Aucun financement de nouvelles mesures en faveur de la défense n’est aujourd’hui annoncé, quand on sait qu’il manque déjà près de 3 milliards d’euros pour boucler le budget de cette année. Pour l’instant, on fait donc comme si l’argent allait arriver, sous une forme ou sous une autre.
Pour l’ensemble des armées (Terre, Air, Mer et services), on s’oriente vers une non-réduction de 13000 à 18000 postes. Il s’agit bien de non-réduction, «du moins en plus» comme dit le ministre Jean-Yves Le Drian, et non de nouvelles créations de postes.
Approuvée en 2013, la LPM prévoyait de réduire les effectifs de 33675 postes au cours des six années de son application, de 2014 à 2019 (1). Il restait, en ce début de deuxième année de LPM, un peu plus de 25000 postes à supprimer. Ce schéma est aujourd’hui obsolète, tant sur l’ampleur de la baisse que sur son rythme. Le 21 janvier, au lendemain des attentats, le chef de l’Etat avait déjà annoncé une réduction de 7500 de ce chiffre et le dernier conseil de défense, le 11 mars, a confirmé que l’on irait plus loin.
Jusqu’où ? On l’a vu, ce n’est pas tranché. Dans l’hypothèse haute (18000 postes), il resterait néanmoins environ 7000 postes à supprimer en un peu plus de quatre ans, entre la mi-2015 et la fin 2019. C’est moins que ce qu’il se faisait chaque année depuis 2008 ! Autant dire, une mesure quasiment indolore pour les armées, mais pas pour les finances publiques. Une réduction quand même…
Quid de l’armée de terre ? Elle est la principale concernée parce que ses hommes sont, en priorité, engagés dans les opérations de sécurité intérieure comme on le voit depuis les attentats. Son chef d’état-major, le général Jean-Pierre Bosser, a confié au Figaro son souhait de voir l’armée de terre épargnée de 11000 suppressions de postes à l’occasion des prochaines annonces – soit 10% des effectifs. Ceux-ci sont de 108000 militaires, et un peu plus de 8000 civils. L’armée de terre, comme l’armée de l’air et la marine, est soumise à un «contrat opérationnel» défini par l’Etat, dans le Livre blanc de la Défense. A tout moment, son état-major doit être en situation de fournir jusqu’à 66000 hommes, pour des opérations extérieures ou intérieures.
Or, le président de la République vient de modifier ce contrat opérationnel en l’alourdissant. Jusqu’à présent, en cas de crise intérieure grave, l’armée devait ainsi fournir 10000 hommes, mais pour une durée d’un mois. Il suffisait d’annuler quelques exercices et permissions pour pouvoir le faire. François Hollande demande maintenant le déploiement permanent (ou en tout cas dans la longue durée) d’une force terrestre de 7000 hommes sur le territoire national. Cela change la donne. Les militaires expliquent, en effet, que pour déployer 7000 hommes, il faut en immobiliser trois fois plus – si l’on compte ceux qui se préparent et ceux qui reviennent d’opérations.
C’est de bonne guerre : l’armée de terre a évidemment sauté sur l’occasion pour «s’accrocher à ses garnisons» et sauver le maximum de ses effectifs, comme l’expliquait son chef d’état-major, avant même les attentats de janvier. Mais ses petits camarades aviateurs et marins ne veulent pas faire les frais de l’actualisation de la LPM et réclament leur part du nouveau gâteau.
Les armées vont-elles devoir recruter des militaires supplémentaires ? Sans aucun doute, mais pas forcément autant que les non-réductions de postes. Dans un secteur où les deux tiers des emplois sont des contrats à durée déterminée, les DRH peuvent choisir de prolonger ceux-ci, plutôt que de dépenser de l’argent pour le recrutement et la formation de nouveau engagés.
Même lorsqu’elles réduisent fortement la voilure, les armées continuent d’embaucher, afin de maintenir un âge moyen assez bas (33 ans en 2013). L’infanterie n’est pas un sport de quinquagénaire… Ainsi, la Défense a recruté pas moins de 16000 jeunes en 2014, alors que ses effectifs globaux baissaient de 7800. Contrairement à la fonction publique civile, l’armée gère, non pas des stocks, mais des flux de personnels. Des flux qui vont encore fluctuer dans les prochains mois.
(1) La loi de programmation militaire prévoyait de supprimer 7881 postes en 2014, 7500 en 2015, 7397 en 2016, 7397 en 2017, 3500 en 2018 et aucun en 2019.

Share and Enjoy