Sahel : les coups de râteau de l’armée française

Retour sur les dernières actions de l’opération Barkhane
Après les grands «coups de marteau» sur la tête des djihadistes en 2013, l’armée française est passée à une stratégie des «coups de râteau», explique-t-on à l’état-major des armées. C’est beaucoup moins spectaculaire, mais, alors que la situation budgétaire se tend à Paris, les militaires ressentent le besoin d’expliquer ce qu’ils font désormais en plein milieu du désert. 3300 hommes y sont déployés dans le cadre de l’opération Barkhane, le nom du dispositif français au Sahel.

«Nous menons des opérations en permanence ; ça ne s’arrête jamais» indique une source militaire. «Il s’agit d’entraver les flux logistiques des groupes armés terroristes (GAT) et de leur dénier la liberté d’action». Le théâtre est immense : 2000 kilomètres entre la frontière Niger-Libye au nord-est et celle entre le Mali et la Mauritanie, au sud-ouest, où des actions ont conduites par l’armée française avec ses partenaires régionaux. Mais c’est toujours au nord du Mali, dans le massif des Iforas, entre les villes de Kidal et de Tessalit, que se concentrent les opérations les plus dures, conduites par la seule armée française. Depuis le début de l’année, pas moins de huit opérations ont ainsi été menées dans la bande sahélo-saharienne. Toutes s’inscrivent dans le cadre de l’opération Barkhane.
La dernière, baptisée Tigharghar, vient de s’achever cette semaine dans ce massif des Iforas, où des combats très durs avaient eu lieu au printemps 2013. Deux ans plus tard, l’armée française a dû y retourner. En 2013, il s’agissait de déloger les combattants ennemis, au nombre de 1500 à 2000, qui s’y étaient retranchés; Aujourd’hui, cette région de petite montagne, vaste comme la Haute-Savoie, est «une zone de passage et de stockage» logistique pour 100 à 200 «terroristes». Fin février, 770 militaires français, appuyés par une quinzaine d’hélicoptères, y ont été engagés pour «reconnaître, contrôler et fouiller» la région. C’est ici que s’est déroulé, le 2 mars, le seul récent combat contre un groupe ennemi, au cours duquel quatre «terroristes» ont été tués, les autres prenant la fuite. «Ils fuient les combats» expliquent une source française, précisant qu’ils préférant le harcèlement des bases militaires avec des tirs de roquettes ou les attentats terroristes, comme à Bamako le 7 mars. La cinquantaine de sites fouillés a permis de découvrir des munitions stockées sur place, dont les explosifs servent à la fabrication de mines (IED).
Deux autres actions récentes illustrent ce à quoi ressemble la guerre au Sahel. «Kounama» s’est déroulée du 17 au 27 février dans le nord du Niger. Partie de la nouvelle base française de Madama, une «reconnaissance offensive» impliquant environ 200 hommes, dont 50 de l’armée nigérienne, a été engagée en direction de la passe de Salvador, à la frontière avec la Libye. C’est par là que les convois ennemis transitent entre leurs refuges dans le sud de la Libye et le nord du Mali. Deux «plots logistiques» ont été découverts : des bidons de 200 litres d’essence, véritables stations-services enterrées dans le sable. L’état-major français se réjouit de voir que l’armée du Niger est allée dans ce secteur «pour la première fois depuis longtemps».
A l’autre extrémité du théâtre, l’opération «Zekene», du 23 février au 10 mars, impliquait les armées mauritanienne (700 hommes), malienne (490) et française (42) dans la forêt de Ouagadou. Pour les Français, c’est, politiquement, l’opération modèle. Les Etats de la région, nos «partenaires», en prennent en charge l’essentiel, l’armée française se contentant de fournir un détachement de liaison et d’appui opérationnel de quelques dizaines d’hommes. Aucun contact avec l’ennemi n’a eu lieu, pas plus que la découverte de sites logistiques, mais ce déploiement visait à créer de l’insécurité pour les djihadistes dans cette zone frontalière.
«Nous mettons des coups des râteau dans des zones où nous sommes déjà passés, pour éviter que la mauvaise herbe ne repousse», indique un officier français. Face aux groupes armés palestiniens qui resurgissent à Gaza, l’armée israélienne emploie un vocabulaire quasi-identique : Tsahal parle de «tondre le gazon»…

 

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