Bercy entend bien tailler fortement dans le budget de la Défense

Le ministère des Finances vise jusqu’à 2,3 milliards de coupes d’ici à 2017. Entre 300 et 350 millions de crédits devraient être annulés dès cette année.

 

Les discussions promettent d’être très tendues dans les prochaines semaines entre le ministre des Finances, Michel Sapin, et son homologue de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Moins de cinq mois après l’adoption de la loi de programmation militaire 2014-2019, elle-même déjà très fragile , Bercy est décidé à couper dans les crédits de l’armée : plusieurs scénarios sont à l’étude, qui pourraient aller jusqu’à 2,3 milliards d’euros d’ici à 2017, selon plusieurs sources gouvernementales. Si ce montant va nourrir les négociations entre Bercy et la Défense, rien n’est encore décidé à ce stade. Comme toujours quand il s’agit de questions de défense, c’est à l’Elysée qu’aura lieu l’arbitrage final.

Même si Matignon ne confirme aucun chiffre, l’opposition en fait d’ores et déjà un angle d’attaque, jugeant le Premier ministre « très ambigu » sur le sujet. Sur TF1 dimanche soir, Manuel Valls a réfuté tout « plan caché » , même si, a-t-il ajouté, « chacun doit faire un effort » pour atteindre les 50 milliards d’économies sur la période 2015-2017. Sous-entendu : militaires inclus. Comme tous les ministères, la Défense risque de devoir se serrer la ceinture dès cette année au prorata de son poids dans le budget de l’Etat. De l’ordre de 300 à 350 millions d’euros de crédits devraient être annulés sur le 1,6 milliard d’économies supplémentaires que l’Etat va devoir réaliser en 2014 pour tenir son objectif de déficit (« Les Echos » d’hier). La pilule sera d’autant plus dure à avaler que les 500 millions annulés l’année dernière, que l’armée s’attendait à récupérer cette année, risquent eux aussi de passer à la trappe.

Mais le plus dur pourrait bien être à venir. Selon nos informations, Bercy voudrait économiser entre 1,5 et 2 milliards d’euros au total sur la période 2015-2017. Un montant inférieur aux 2 milliards annuels avancés par le député UMP Xavier Bertrand ce week-end, mais qui soulève un tollé au ministère de la Défense, même si à l’hôtel de Brienne on jure n’être au courant d’aucun chiffre.

Le plus gros plan social de l’Etat

Si Bercy obtient gain de cause, les militaires, dont le moral n’est déjà pas très haut, risquent de très mal le prendre. Très sollicités en opérations extérieures, ils subissent sans broncher le plus gros plan social de l’Etat : entre 2009 et 2019, près de 80.000 postes auront été supprimés. Amputer à ce point la loi de programmation militaire reviendrait pour François Hollande à renier les conclusions du Livre blanc de la Défense qu’il a lui-même arbitré. Impossible aussi pour Jean-Yves Le Drian, un proche du chef de l’Etat, d’endosser de telles coupes, lui qui a défendu bec et ongles les crédits militaires. « J’ai déjà donné », disait-il à l’annonce du plan de 50 milliards d’économies. Ira-t-il jusqu’à mettre sa démission dans la balance ? Pas impossible.

 

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